28 ans après…

C’était le 7 Avril 1994, au Rwanda, un jeudi matin comme celui-ci. La rage des extrémistes hutu face à l’assassinat du président de la République prit une dimension jamais vue auparavant. 

Ils décidèrent de mettre à exécution un plan qu’ils avaient si longtemps préparé. Quelque chose d’absurde, quelque chose de fou, quelque chose d’invraisemblable. L’élimination de toute personne de race tutsie et celle des opposants politiques considérés comme des traîtres à la cause hutue. Toutes les ressources économiques, politiques, intellectuelles et médiatiques de ce pays, pourtant très pauvre à l’époque, furent mobilisées pour mener à bien ce projet macabre. Ce génocide qui se déroula sur trois mois élimina 80% de la population tutsie vivant au Rwanda, sous les regards indifférents de la communauté internationale.

Nous sommes 28 ans après et le monde ne semble ni avoir changé, ni compris. Pourtant c’est l’une des raisons pour lesquelles nous commémorons le génocide pérpétré contre les tutsis du Rwanda en 1994. Pour que des génocides ne se produisent plus. Egalement pour que des crimes à moindre échelle ne soient pas commis contres des civils innocents. Pour que la stigmatisation des différences entre les ethnies, les races, les religions, les manières de penser, de vivre cesse. Je cite l’Irak, le Yémen, la Syrie, puis l’Afghanistan et l’Ukraine plus récemment.

Malgré tout la solidarité et l’hospitalité humaine ne sont pas tout à fait morts.  Des justes ont sauvé et caché des tutsis durant le génocide. Malgré une menace importante qui pesait sur eux, ils ont pris des risques considérables et exprimé de manière clandestine leur désaccord face à une injustice nauséabonde. C’est grâce à eux que la commémoration et les témoignages des rescapés résonnent d’un petit brin d’espoir. Mais aujourd’hui, les bonnes actions restent insuffisantes dans notre monde. Il faut tenter même l’impossible pour plus de paix et de solidarité autour de nous. Il faut plus de bienveillance dans nos maisons, dans nos quartiers, dans nos lieux de travail, dans nos politiques. Il faut sortir de manière consciente des schémas de haine, de stigmatisation de nos différences. Les gouvernements devraient également être plus conscients des problèmes stigmatisation qu’ils créent. Il faut arrêter la discrimination sur l’accueil des réfugiés selon leur provenance ou origine. La douleur de devoir à fuir son pays d’origine est la même pour chaque être humain. Il faut arrêter cette guerre absurde en Ukraine et laisser les filles afghanes aller à l’école. Tant d’autres actions restent encore à faire pour ramener l’humanité au centre de nos vies.

C’est pour plus de justice dans le monde, qu’il faut également combattre le négationnisme et la minimisation du génocide perpétré contre les tutsis. Le travail de mémoire est une sonnette d’alarme à ceux qui jouent les jeux dangereux de haine et de discrimination. Et le message est clair : il faut arrêter de haïr l’autre dans sa différence car cela peut aller très loin et finir très mal comme au Rwanda, en 1994.  

Des familles entières, des enfants, des jeunes, des femmes, des hommes, des vieillards ont péri injustement durant le génocide perpétré contre les tutsis du Rwanda en 1994. Ils avaient des vies devant eux, des rêves, des espoirs. Ils avaient un droit à la vie qui était non discutable et non négociable. C’est avant tout pour leur rendre leur humanité que nous commémorons aujourd’hui.

En mémoire de plus d’un million de personnes innocentes assassinés au Rwanda en 1994 parce qu’elles étaient tutsies ou opposées à un régime macabre.

Zaha Boo

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