Il y a 26 ans, le monde a détourné son regard.

Voici 26 ans jour pour jour que le génocide perpétré contre les tutsis du Rwanda a commencé.

Ce génocide démarre le lendemain de l’annonce de  l’assassinat du président de la république sur les ondes de la radio nationale et de la macabre radio RTLM. Les extrémistes hutus s’en prennent alors aux tutsis sans distinction d’âge ni de classe sociale. Ils s’en prennent également aux opposants politiques ainsi que leurs familles. Le jour du 7 Avril 1994, nous serons nombreux à fuir nos domiciles pour essayer de survivre. D’autres, piégés, n’arriveront pas à fuir et sont assassinés chez eux.

Aujourd’hui, avec la pandémie du corona virus, quand je vois à quel point il est difficile de préserver la vie humaine, quand je vois comment tous les pays tentent le tout pour le tout pour préserver la vie de leur citoyens, je me rends compte que la situation dans laquelle nous étions était invraisemblable. Nous, c’est le gouvernement génocidaire qui nous tuait. Nous poursuivait. Nous persécutait. Il avait mis tous ses moyens, tous ses efforts dans l’extermination de ses citoyens tutsis. Il orchestra l’assassinat des opposants politiques et propagea des discours de haine nauséabonds et arrogants tout au long du génocide.

La communauté internationale resta aveugle, sourde et muette pendant toute cette période. C’est très rare d’avoir les trois infirmités à la fois et pourtant c’est ce qui arriva. Elle aurait pu intervenir dès les premiers jours du génocide. Dès le 10 Avril 1994, il n’y avait plus de doute que la machine du génocide était en train de tourner. Mais les grands de ce monde n’en firent rien. Résultat de cette indifférence: quatre vingt pour cent de la population tutsie vivant au Rwanda fut décimée. Un million de personnes mourut dans l’indifférence la plus totale.

Que ce soit bien clair : le génocide perpétré contre les tutsis n’est pas comparable à une pandémie. Ce n’était pas une maladie de haine qui s’était propagée de façon aléatoire et involontaire chez les extrémistes hutus. C’était la volonté d’une classe politique qui pensait s’approprier le pouvoir en éliminant tout le peuple tutsi et tous les opposants politiques, opposés à toute forme de haine. Les génocidaires étaient conscients de ce qu’ils faisaient et ils étaient organisés. Il ne suffisait pas de rester à la maison, pour ne pas être tué. Il ne fallait surtout pas rester à la maison. Il ne suffisait pas non plus de fuir pour ne pas être tué. Il ne fallait surtout pas fuir. Il n’y avait quasi aucune issue possible.

Pour ma part, je n’arrive toujours pas à comprendre. Comment des humains ont pu en arriver là? Comment ont-ils pu agir de la sorte non pas pendant un , deux mais trois mois?

Aujourd’hui, plutôt que de nous attarder sur cette bande d’assassins, et de génocidaires, y compris ceux qui ont purgé leur peine sans n’avoir jamais exprimé de regrets, souvenons-nous des victimes. Ces hommes, femmes, enfants, vieillards, qui ont péri injustement. Parce qu’ils étaient nés tutsis et pour leurs idées. Parmi eux, il y a ceux qui sont encore enterrés dans des fausses communes, et dont les familles ne savent pas où les génocidaires ont caché les corps. Moi même je ne sais pas ce qu’ils ont fait du corps de mon père et je ne le saurai peut-être jamais. Pensons à toutes les personnes qui ne demandent qu’à savoir et enterrer les leurs dignement.

Pensons également aux rescapés qui sont obligés de vivre cette commémoration seuls, confinés chez eux. Si participer à un événement commémoratif peut raviver certaines blessures, cela engendre également un sentiment de réconfort d’avoir pu honorer ceux qui sont partis. Aujourd’hui, malgré une grande mobilisation virtuelle, la solitude mélangée à la tristesse sont au rendez-vous dans nos foyers.

Puisse ce jour, malgré tout, être un jour où nous posons nos bougies dans nos maisons, pour nous souvenir des victimes de la barbarie humaine du Rwanda 1994. Que chacun de nous puisse confirmer le never again dans ses actions, ses paroles et ses pensées. Chaque être humain est précieux, quels que soient sa couleur, sa race, son ethnie, sa religion, ses idéaux ou ses convictions.

 

Zaha Boo

 

Le génocide perpétré contre les tutsis du Rwanda a eu lieu entre Avril et Juillet 1994, et fut commis par les extrémistes hutus. Aujourd’hui encore, les survivants vivent avec les séquelles psychologiques et physiques de ce génocide.